Janvier

 

Me revoici enfin. Je n'avais pas réalisé qu'autant de temps s'était écoulé depuis ma dernière mise à jour. Ces dernières semaines ont été si remplie! Je n'ai pas eu le temps de me poser pour vous raconter quoique ce soit. C'est maintenant impossible de revenir en détails sur tous les événements de la fin d'année. Mais c'était que du bonheur.

Mon grand bonheur, à part le pacs en lui-même bien sûr, ça a été que Sarah soit là. Je sais que tu me lis encore régulièrement, et même si c'est un truc que j'aurais été bien incapable de te dire quand tu étais là, c'est ça. Ta présence était un cadeau magique, et j'ai parfois l'impression de n'en avoir pas assez profité. C'est tellement naturel pour moi, d'être avec toi que c'en est désarmant sur le moment... Mais bref, c'était juste dingue de t'avoir à mes côtés pour ces journées-là, pour mon anniversaire. On aurait pu fêter tout ça juste tous les 4, ça aurait été pareil. S'il y avait une chose qui me faisait peur, c'était bien que tu ne puisses pas être là. C'est un peu ingrat pour tous nos autres invités... Il ne faut pas en déduire qu'ils étaient moins importants, ni que leurs présences était moins précieuses. La soirée du samedi a été si réussie grâce à chacun d'entre eux! Mais toi, c'est toi, Sarah. C'est tout. Et tu me manques.

On a passé aussi un beau Noël. Nous étions donc dans le Tarn, avec ses parents, son frère et la grande majorité du temps avec des cousins/oncles et tantes de Sicile. Je traîne une crève d'enfer depuis le 21 environ (même si ça commence à aller bien mieux, heureusement) et j'étais vraiment au plus mal pour Noël. Malgré tout, j'étais heureuse de me lever chaque matin là-bas pour profiter un peu d'eux tous. Même si c'est encore difficile pour moi parfois, de nager dans l'italien et de me sentir un peu seule pendant qu'il se nourrit de leur présence, le voir évoluer avec eux, dans sa famille, c'est juste beau.

Je me sens plutôt sereine et d'attaque pour 2016. Je n'étais pas tellement rassurée les premiers jours. C'est bien bête, mais j'ai tant aimé 2015! C'était si confortable d'être encore dans cette année-là, la plus belle de ma vie. Pour la première fois, j'aurais aimé ne jamais tourner la page, ne pas entamer 2016. Mais le temps passe et c'est pas comme si on me demandait mon avis. Je ferais au mieux à mon échelle, je chérirais les bonheurs qui croiseront ma route et je surmonterais les épreuves si certaines se glissent sur mon parcours. Comme toujours!

Samedi matin, on part pour Disneyland. Je meurs de bonheur.

 

"Je suis née une seconde fois le jour où je t’ai rencontré. Toute ma vie d'avant me semble maintenant si loin. Comme une image floue derrière soi, à l’autre bout du tunnel que l’on vient de traverser, alors qu’on est maintenant dans la lumière. Comme le souvenir d’une autre vie. Et celle dans laquelle tu m’accompagnes est tellement plus belle et précieuse… Tu es l’amour de ma vie. Merci d’avoir commenté un blog d’adolescente il y a six ans maintenant... Je T’Aime."

Même si je connaissais déjà les lieux, j'ai été une nouvelle fois complètement subjuguée par tous les détails des décors. Subjuguée par la beauté de chaque endroit, par l'amabilité de tout (ou presque) le personnel, subjuguée par la connerie des gens aussi, mais ça c'est une autre histoire! Bref, ce séjour aurait difficilement pu être plus parfait. C'était incroyable. J'ai eu l'impression d'y être restée une semaine entière, tant les journées ont été longues mais remplies, riches de tant d'expérience, de tant d'amour, de tant de nous. Le retour à la réalité est toujours un peu violent, je me plais assez dans ce monde là-haut où la seule préoccupation de la journée reste "combien de temps je vais poireauter chez Nemo?".

 

Je recommence très bien l'année, d'un point de vue photographique. Nos premières séances réalisées avec Coralie pour le blog sont vraiment réussies, ça me fait plaisir. Le passage à vide de la fin d'année a probablement été bénéfique, m'aidant à me recentrer un peu et à me renouveler ensuite. Néanmoins, je manque toujours beaucoup d'inspiration. Je n'en ai sans doute pas parlé ici mais je n'ai aucun projet personnel en vue, aucune idée à développer, rien. C'est extrêmement frustrant car j'ai très envie de pratiquer, de m'occuper ainsi, de créer quelque chose. Je vois tant d'artistes animés par tant de projets, de concepts entiers imaginés, de séries incroyables... Et moi, au fond, je n'ai rien. Je voudrais pouvoir me réveiller un jour avec des images plein la tête, avec une idée de génie qu'on a pas ou peu vu (enfin, est-ce que cela existe encore? de l'inédit complètement inédit?). Quelque chose qui me prendrait du temps, qu'il faudrait mettre en place, quelque chose qui me tiendrait éveillée la nuit, quelque chose qui m'aiderait à me lever chaque matin. J'ai cette envie viscérale de créer, sans savoir quoi en faire.

 

Février

 

Parfois, il y a des jours où je ne me supporte pas. Où je voudrais être une autre. Avoir une autre peau, un autre corps et un autre visage. Garder ma vie, mais être simplement une autre. Pouvoir me trouver belle, accepter de croiser un miroir autrement qu'habillée, emmitouflée sous des couches de vêtements et prête à sortir. Arriver à le croire quand il me dit que je suis belle et qu'il a envie de moi. Arriver à me dire que je suis belle et que si je n'étais pas moi, je me baiserais bien aussi. Parfois, il y a des jours où n'importe quelle parole ne sera jamais réconfortante. Où je me trouve moche, grosse, inutile et nulle, quoiqu'on en dise.

 

Mars

 

Je n'ai jamais si peu écrit ici que le mois dernier. Il se passe pourtant tant de choses! Moi en tant que moi, ça va. J'ai le dos dans un état impossible, je crois que je n'ai jamais été si mal. Je n'ai toujours pas de médecin ici, je laisse traîner... Je ne sais pas pourquoi. Parce qu'il ne m'apprendra rien? Parce qu'il n'aura pas de solution nouvelle à m'apporter? Je sais qu'il faut que je m'en occupe malgré tout. Et je le ferai. Il faut aussi que je contacte la MDPH (ordre de mon conseiller Pôle Emploi). Je passerai enfin cette visite médicale et qui sait, je serai peut-être reconnue comme handicapée? J'ai si mal, j'ai l'impression de ne pouvoir assurer aucun job en ce moment. C'est pas l'envie qui manque pourtant, je m'ennuie tellement, j'ai tellement envie de me sentir utile, active. C'est un cercle vicieux et le moral finira par en prendre un coup. Pour le moment je crois que ça va.

Bon, j'ai pris rendez-vous chez un médecin et chez une gynéco. Après un coup de fil de ma mère et une énième supplication de sa part, je me suis bougée le cul et je me suis occupée de ça. J'appréhende un peu. Pas spécialement pour le médecin (une femme, je n'ai jamais eu de mauvaises expériences avec un médecin homme mais je développe un espèce de traumatisme préventif), mais surtout pour la gynéco. Deux amies me l'ont recommandée mais j'ai aussi lu quelques avis négatifs... On verra. J'ai rendez-vous lundi en fin d'après-midi. Je crois que je reste profondément traumatisée du dernier rendez-vous gynéco que j'ai eu il y a deux ans maintenant, pendant lequel mon médecin a nié ma condition de patiente et m'a refusé la pose d'un DIU au cuivre. Je ne l'avais pas demandé pour rien, je savais que la pilule n'était pas une bonne solution pour moi. On se souvient du résultat...

J'ai le ventre complètement noué, le traumatisme que j'évoquais la dernière fois est bel et bien réel, faut croire... Je me suis aussi rendue compte que le dernier examen gynéco que j'ai eu remonte précisément à l'IVG, à la suite, lorsqu'on m'a posé le stérilet justement. Il y a de quoi rester secouée j'imagine... Bref. Je vais essayer de me détendre, d'y aller le plus légère possible. Mais je sais qu'il va falloir évoquer tout ça et même si les jours passent, même si ça fait maintenant un an et demi, ce n'est jamais particulièrement agréable d'en parler, de se souvenir...

Mardi matin au réveil, j'ai chuté lourdement dans nos escaliers. J'ai rien compris de ce qui se passait, le temps de la chute m'a paru extrêmement long, j'ai senti mon dos cogner sur toutes les marches et en même temps, d'un coup, j'étais en bas, le cul par terre. J'ai pleuré de douleur. C'était nerveux, c'était la frayeur aussi. Je n'ai rien de grave, évidemment rien de cassé. Mais je suis couverte de bleus (qui sont d'ailleurs plutôt violets ou même noirs, c'est un joli camaïeu), notamment au niveau du bras droit et du flan droit, jusque sous la fesse. C'est encore extrêmement douloureux, je ne peux pas faire grand chose sans grimacer, sans geste de recul. Il a pris bien soin de moi, il me tapisse de crème patiemment, en s'étonnant à chaque levée de t-shirt de l'avancement des bleus et des variations de couleurs. Bref. Je pense que ça va durer un moment encore, ma peau est profondément marquée. Ca ne fait que deux jours et pourtant, ça atteint déjà mon moral parfois. Même si la souffrance psychologique est souvent jugée pire que la souffrance physique, il est indéniable que lorsque celle-ci est permanente comme ça, c'est difficile à gérer. Et je suis pas particulièrement douillette. Je sais que c'est pas énorme, encore une fois j'ai rien de cassé, pas de plaie béante ou que sais-je. Mais c'est très douloureux, putain si vous pouviez voir l'état de ma hanche et de ce bras ! Le simple poids de mon pull sur mon bras est difficile à supporter. Vivement que ce soit terminé, que mon épiderme retrouve ses couleurs d'origine...

Une semaine après la petite chute rocambolesque, j'ai toujours des bleus sympathiques et des douleurs tout aussi agréables. Bien sûr, c'est un peu moins pire chaque jour mais je partais de loin donc nul doute que j'en ai encore pour une bonne semaine avant d'être remise à 100% de cette aventure. Le pire c'est le matin, au réveil. Les nuits sont très inconfortables et après une semaine à dormir dans 2 positions tolérables pour mon côté droit de corps endolori, j'ai tout le reste en vrac. Je me sens vraiment comme une pauvre mamie qui souffre à chaque mouvement et dont les principales articulations sont déjà quasi mortes (pensée émue à mes épaules et mes genoux)... C'est un bonheur d'être moi ces temps-ci.

 

Je ne sais même plus ce que je ressens. Si c'est de la colère, du mépris, du dégoût, de la haine, de la tristesse, de la honte, de la culpabilité. Je suppose que c'est un délicieux mélange de toutes ces merdes-là. On pense parfois que ça va mieux, qu'on a réussi plus ou moins à se faire une place à peu près confortable au sein d'un groupe auquel on se doit d'appartenir. Mais non. Non, et ce sera jamais le cas. Je l'ai bien compris cette fois. Quoique je fasse, ça n'ira jamais complètement. Ce ne sera jamais assez. Et j'ai envie de vous dire que peu importe, que j'en ai terminé, que tant pis. Mais j'y arrive même pas. J'arrive même pas à abandonner le combat. J'arrive pas à me résigner et à admettre que, bon, ok, ils m'aiment pas, ainsi soit-il. C'est presque physique, ça m'est impossible. Je ne sais même plus quoi faire, quelle attitude adopter, ce qui limite la casse. Je suis fatiguée de me forcer sans arrêt, de multiplier les efforts et les gentillesses pour apprendre que j'en prends plein la gueule ensuite. L'hypocrisie me sort par le cul, je sature. Et je ne sais pas contre qui je suis le plus en colère entre toi et moi. Toi qui t'en fous et qui n'entends rien de ce que j'essaye d'expliquer. Toi qui ignores et qui te désintéresses, toi qui n'a pas mon sens des priorités. Ou moi qui ai cru à une accalmie. Moi qui ai été assez profondément conne pour croire que je serais acceptée un jour. Je me bats pour une place qui ne sera jamais la mienne, et je suis fatiguée. Je n'appartiens à aucun groupe, je ne suis chez moi nulle part. Je ne fais partie de rien. Et toute ma vie, ça a été ma lutte. Toute ma vie j'ai essayé, en vain. Toute ma vie, on m'a rejetée, on m'a fait comprendre que j'étais pratique mais pas indispensable. Je me demande pour qui je compte et ça brise mon putain de coeur.

 

Avril

 

Mercredi, je pars pour Saint-Etienne. Ma mère va mal, entre sa santé et ses désillusions. Je serai donc auprès d'elle pour la soutenir dans ses examens médicaux et je ferai ce que je pourrai pour le reste... J'ai passé le weekend à hésiter. Y aller, ne pas y aller... C'est toujours difficile. Même si nos rapports sont tout ce qu'il y a de plus classique en apparence, je crois qu'à l'intérieur de mon côté, c'est toujours aussi compliqué. Malgré tout je suis contente d'y aller, contente d'être là pour elle. Comme on me l'a dit et répété, au moins je n'aurais rien à me reprocher, j'aurais ma conscience pour moi. Ca me fait peur, si je pense à tous les scénarios possibles, je panique complètement. Mais j'y serai, on ne pourra rien me dire, je lui ferai du bien. Je suis une bonne personne. C'est tout. Je n'y vais pas pour le prouver à qui que ce soit. J'y vais parce que je ne peux pas faire autrement, je ne peux pas ignorer sa peine et sa solitude. Je suis quelqu'un de bien, alors j'agis comme tel.

Pour la première fois, j'en suis repartie sereine, contente de mon séjour. Ma mère allait bien, je m'attendais à ce qu'elle soit beaucoup plus affaiblie que ça (physiquement et mentalement). Mais non. On a passé d'excellents moments, on a énormément ri, beaucoup parlé de beaucoup de choses. J'ai même l'impression que tout ça nous a rapproché. Elle était si heureuse que je sois là! Et je suis si heureuse de comment se sont passées les choses! Je ne me fais pas particulièrement d'illusions pour la suite, je sais pertinemment qu'elle n'est pas sortie de son alcoolisme (même si je sais aussi que ce n'est plus aussi fracassant qu'avant). Mais j'ai apprécié tous ces moments, j'en ai profité et je veux porter ce souvenir en moi le plus longtemps possible, avant que tout chancelle de nouveau...

Les journées sont à la fois courtes et infiniment longues. En tout cas, elles se ressemblent. Et mon dos s'en ressent. Mes épaules aussi commencent à me faire souffrir. Comme d'habitude, mon corps se rappelle à moi. La station debout ça va pas, mais la station assise non plus a priori... La fin de semaine devrait être moins chargée, j'espère pouvoir souffler et mettre un peu le nez dehors.

Je me suis réveillée ce matin avec le dos fracassé, comme si j'avais dormi dans une position de merde ou même sur un objet qui aurait eu la nuit pour me rentrer dans la peau. Je sais plus quoi faire de moi-même. Je manque d'énergie. Mais le moral va bien, c'est juste une fatigue générale.

 

J'ai si peu de choses à raconter que je ne viens plus ici que pour me plaindre! Je l'ai bien remarqué. Je dois finir de lasser le peu de lecteurs que j'ai jamais eu avec ses mises à jour rarement extatiques. Pourtant, je vais bien. Y a toujours un peu la solitude et l'isolement, on ne se fait pas un cercle d'amis solide dans une ville qui m'était inconnue il y a de cela un an et demi! Y a toujours certains souvenirs qui se rappellent à moi de temps en temps, mais ce sera le cas pendant le restant de mes jours. Ce n'est rien de nouveau. Et à part cela, je peux vraiment affirmer que ça va. Mais le bonheur est chiant, et j'imagine que je sais moins bien en parler que de la souffrance.

 

Hier soir, j'ai manqué son appel et j'ai eu droit à un message d'adieu... Entre deux sanglots étouffés et deux phrases incompréhensibles, j'ai compris qu'elle voulait me dire au revoir, qu'elle m'aimait et que je devais prendre soin de moi. Les pompiers ont du défoncer la porte, verrouillée et la clef laissée dans la serrure. Ils l'ont trouvée consciente mais elle avait visiblement avalé tous ses anti-douleurs et des litres d'alcool. Je n'ai pas mieux d'informations à ce stade, j'aurais sans doute quelques nouvelles du temps de midi. Je ne pensais pas devoir relater ce genre d'histoire une seconde fois... Je ne pensais pas qu'elle était encore à ce genre d'endroit dans sa vie. Je ne pensais pas... Souvent, je la ramasse dans des états impossibles quand mon frère lui fait faux bond, qu'il la laisse sans nouvelle alors qu'il est attendu. J'ai d'ailleurs entendu son prénom dans le flot de souffrance qui composait ce fameux message vocal, hier... Je ne sais pas quoi dire de plus. J'ai mal de ne pas suffire. Malgré tout ce que je fais tout le temps, encore. Malgré mon séjour au début du mois. C'est la même histoire qui se répète inlassablement. Je suis aux premières loges, je suis sa seule et unique béquille, je prends tout, je porte tout. Mais ce n'est pas de moi dont elle a besoin. C'est de lui, de son fils. Le même qui ne lui raconte jamais rien, le même qui la laisse s'inquiéter, le même qui l'ignore et la méprise, le même qui sonnait si stoïque hier au téléphone. J'ai un torrent de sentiments qui dévale mon cerveau, des sentiments évidemment contradictoires, des sentiments extrêmes. Cette nuit, pour la première fois de ma vie, j'ai pleuré. J'ai vraiment pleuré. On pleure souvent en silence, on laisse juste les larmes couler, on retient des sanglots. On pleure souvent en étant capable de se maîtriser malgré tout. Mais cette nuit je n'ai plus pu contenir le poids de toute cette merde. J'ai pleuré comme je n'avais jamais pleuré.

 

Elle est sortie hier. Je ne comprends pas pourquoi ils ne l'ont pas gardée plus. Le médecin la pense très entourée, mes oncles ayant été présents/insistants pour avoir des nouvelles... Elle est chez elle, avec un ami qui veille sur elle. C'est très étrange de se parler au téléphone. Je ressens sa honte, son embarras... On tourne pas mal autour du pot avant d'engager une conversation qui ait du sens et qui soit nécessaire. J'ai tellement de choses à lui dire que je ne sais pas par où commencer, alors je ne dis pas grand chose. Je l'écoute, comme je le fais toujours. Je l'écoute s'excuser, je l'écoute s'expliquer, je l'écoute me parler de mon pauvre frère qui l'a vue se faire embarquer par les pompiers, presque inconsciente, mon pauvre frère dont la voix était absolument dénuée d'émotion en me racontant ça. Je fulmine et j'ai d'ailleurs lâché que je n'avais pas envie d'entendre parler de lui, puisque quoiqu'elle en dise, je suis persuadée que c'est en partie de sa faute, si elle a fait ça. Elle n'a pas démenti... Je n'ai jamais été si en colère contre lui que ces derniers jours. Pourtant, j'ai déjà un passif conséquent dans la détestation/l'incompréhension/la rage vis à vis de lui. Mais c'est au-dessus de tout, aujourd'hui. Et ses quelques paroles pseudo-réconfortantes de la dernière fois sonnent creux et ne trouve plus aucun écho à l'intérieur. Il les a prononcées parce que le moment était opportun, parce que ça se fait, parce que c'est sans doute mentionné quelque part dans le Grand Manuel du frère pas encore complètement conJe n'ai pas de nouvelles de mon père. Il sait tout, puisque c'est lui qui a amené mon frère le lundi soir sur les lieux. Il sait tout et pourtant je reste con, visiblement loin de ses préoccupations et de ses inquiétudes. J'avais déjà l'impression de me détacher de lui, d'ouvrir les yeux peut-être sur sa nature. J'avais déjà l'impression qu'il n'était plus vraiment mon héros et que je n'étais plus vraiment sa priorité. Alors, oui, je suis loin, oui, je suis une grande fille. Mais je reste sa fille. Je pensais signifier un peu plus que ça, je pensais qu'on avait quelque chose de particulièrement spécial et unique. Je pensais que l'adoration était mutuelle. Ca se cassait la gueule depuis quelques temps. Et son silence depuis lundi soir est assourdissant. Je ne comprends pas. Il me connait trop, il sait trop ce que toute cette merde peut me faire. Je ne comprends pas. J'me sens bien bête, du haut de mes 24 ans à me rendre compte de qui sont mes parents et de qui est mon frère. Enfin, je n'ai plus d'illusions depuis longtemps concernant ma mère et mon frère. Mais disons que je ne cesse d'être déçue. Et même, finalement, par le père intouchable, vaillant chevalier qui crevait les écrans pour son rôle de constance dans la famille. Décidément, putain, décidément pour qui je compte dans cette vie ? Le torrent de sentiments contradictoires et extrêmes continue de se déverser en moi.

 

Mai

 

Les jours passent et la colère avec. Je me sens un peu plus apaisée chaque matin. Malgré sa présence constante, ses appels quotidiens et son état que je devine bien minable. J'essaye de moins penser, j'essaye de m'occuper et de vivre les choses sans les subir, sans cogiter plus que nécessaire. Je vis à la seconde, sans imaginer et sans réfléchir à la suivante. Je ne veux plus gaspiller le peu d'énergie qui m'anime pour ces conneries. Je voudrais que mon bonheur ne dépende plus du sien. Parce que là réside mon problème. Elle m'atteint encore trop. Mes sourires dépendent encore trop de ses sentiments. Ce n'est pas une vie et je ne veux plus que ce soit la mienne. Néanmoins, je ne peux pas m'éloigner ou l'abandonner. Je ne peux pas ignorer ses coups de fil et lui refuser la présence dont elle a tant besoin. Alors je ne change en apparence pas grand chose. Je suis toujours là, je prends toujours le temps de lui répondre et de l'écouter. Mais je déconnecte. A l'instant où je raccroche, je passe à autre chose. Son appel me préoccupe le temps de son appel. Et point final. Je vis à la seconde, oui, c'est la formule qui semble la plus adéquate.

Ce mec n'est pas indispensable à ma vie. Un profiteur opportuniste et égoïste, incapable d'assumer quoique ce soit, non, j'en ai définitivement pas besoin. Ca n'empêche pas qu'on sache passer de très bons moments ensemble, quand on se voit. Mais avec tout ce qu'il s'est passé dernièrement et son attitude vis à vis de ça, j'ai même plus envie. Et plus il met du temps à me répondre et à revenir vers moi, plus je me détache et moins j'ai envie de poursuivre un soupçon d'effort pour lui. Ca fait trop longtemps que ça fait trop mal par sa faute.

J'y avais plus pensé vraiment depuis un moment et l'autre soir, ça m'a percuté comme un crochet du droit bien senti. Je ne compte plus mais je sais que c'était prévu pour fin avril ou début mai. Alors ce mois, ça aurait fait 1 an. T'imagines, comme nos vies seraient différentes ? Définitivement, je n'ai pas de regrets mais définitivement, ça pique un peu. Je pensais aussi que mon désir si viscéral de fonder ma famille était directement lié à la mienne, et surtout à ma mère. Elle a été et est si toxique. J'ai comme besoin de me prouver que je serai meilleure qu'elle. Ca me parait facile, vu le niveau... Disons que les erreurs incalculables qu'elle a faites, je ne les ferai jamais. C'est une certitude, c'est impossible. C'est impossible que je fasse vivre ça à quelqu'un, à une personne si désirée, portée, fruit de lui et moi. Les mamans parfaites ça n'existe pas, j'ai mes vices, mes défauts et mes démons. Mais je serai meilleure qu'elle. C'est même plus une supposition dans mon esprit, même plus un challenge ou un conseil. C'est mon obligation.

On a passé notre long weekend dans le Tarn, avec sa famille. C'était super chouette. Et pour une fois, on a pas mal bougé. D'habitude, on reste beaucoup chez eux ou chez une tante qui habite là-bas. Mais pas cette fois. On a fait des balades dingues, parcouru des villages et des forêts. J'ai plein de photos à trier, la tête reposée par cette bouffée de nature, de sérénité.

 

Ca va vraiment bien. Je suis sereine. J'avance en abandonnant sur le bord de la route, peu à peu, ce qui s'emprisonnait encore en moi. Les coups que la vie m'a donné, les insécurités que chaque blessure a créé. Il faudra encore du temps et je sais que je traînerais de toute façon certaines cicatrices toute ma vie, je sais que certaines journées seront bien plus pourries que d'autres à tant de niveaux ! Mais au moins, j'avance et j'identifie les problèmes, je m'efforce de les corriger, de travailler vraiment dessus.

 

Juin

 

Dimanche, Monsieur fait son saut à l'élastique (si on arrive à s'organiser pour y aller). On lui avait offert ça l'année dernière pour son anniversaire. Je sais pas encore ce qui m'a pris quand j'ai décidé de lui faire ce cadeau, bordel. Regarder mon Mec sauter d'un pont, mais quelle excellente idée, écoutez !!

J'ai vraiment de moins en moins besoin de venir écrire ici. Je vous le dis régulièrement mais ces temps-ci, ça me semble encore plus prononcé qu'avant. Il se passe plein de trucs hein, ma vie ne se résume heureusement plus à ce que je peux vous raconter. Peut-être que je grandis ? Que j'ai appris à garder en moi la grosse majorité des choses ? Que je n'ai plus besoin de formuler les choses pour savoir qu'elles existent ? J'en sais rien. Je garderai cet endroit encore longtemps, je n'en doute pas. Mais mon rapport à l'écriture et surtout au fait de raconter autant ma vie à des inconnus (si tant est qu'on me lise encore) a beaucoup changé. Je prends peut-être de la distance. Ou peut-être que je suis beaucoup occupée en ce moment, que ça aide aussi. Bon, peu importe. 

Monsieur a sauté de son petit pont (lol, 182m...) et j'ai survécu à cette vision d'horreur. C'était une superbe journée. On a cramé, à attendre son tour en plein soleil pendant des heures. Mais c'était si beau là-bas, en plein coeur des Gorges du Verdon. Je n'y étais jamais allée. Toutes ces montagnes, ces vallées, ce vide sous les ponts, hein... C'était chouette. Tout va bien. C'était son anniversaire mardi aussi. Et c'était bien aussi. Les années passent et je suis toujours à ses côtés. Je l'ai connu à ses 21 ans, il en a eu 28 avant-hier. Les jours s'égrènent et le bonheur semble bien incrusté par ici, parce que tout va bien et j'ai cette impression de flotter tranquillement dans ma vie.

 

Juillet

 

Vendredi soir, on part pour un weekend à Lyon (Gaypride au programme!). De là, on ira passer une semaine sur Saint-Etienne. C'est sans doute la première fois qu'on y va si longtemps depuis qu'on est sur Aix. Si tout se passe bien, ça devrait vraiment me faire beaucoup de bien. Il y a plein de coins que je veux revoir, je suis si curieuse de voir si des choses ont changé. On sera donc chez mon père. On a prévu une première visite au centre de repos de ma mère mercredi. Et on y retournera surement dans le weekend. Tout le monde me manque, en ce moment. J'espère que ça me redonnera un peu d'énergie et d'élan. J'ai tellement hâte que j'étais persuadée d'être déjà jeudi, ce matin.

En rentrant, on a trouvé Kanai définitivement pas bien. Plusieurs vomis dans toute la maison, des pipis oranges et sa silhouette plus maigre que jamais... Ce matin, je l'ai donc emmenée chez notre vétérinaire. Je m'attendais à tout sauf à ça... Son foie est presque mort, elle n'en a peut-être plus pour très longtemps. On s'attend rarement à ce qu'on vous dise que votre animal est malade à ce point... C'était tout bonnement abominable. Ce sentiment de solitude extrême, d'injustice totale... On va tester le seul traitement possible (des injections d'un produit qui lui donne faim + un produit qui devrait nettoyer et remettre en route le foie) et espérer un miracle malgré tout. Ca peut pas être la fin, putain. Ca peut pas... Elle est trop jeune, elle est trop belle. C'est trop ma fille. Elle peut pas partir si tôt... Je suis bouleversée.

C'est si difficile. Chaque heure est marquée par son lot d'inquiétudes et d'espoirs. C'est le pire. Cet entre-deux. On est forcément portés par l'espoir d'un miracle ! C'est notre fille, notre bébé, impossible de se résoudre à une telle fatalité. Et en même temps, on est bien conscients de la situation et les mots de la vétérinaire résonne en boucle dans mon crâne... J'ai la gorge complètement nouée et des larmes plein les yeux. Elles coulent même plus, mais elles sont là. Je sais pas comment gérer ça. Ne pas savoir... On ne sait même pas combien de temps elle peut vivre si le traitement ne fonctionne pas. On ne sait pas jusqu'où son état peut se détériorer. J'ai passé la matinée dans une belle dynamique optimiste, je l'ai vue se ruer sur le jambon puis sa pâtée. Mais son état passe continuellement d'une énergie toute relative à un niveau presque inconscient. C'est tellement dur de la voir ainsi. Elle vient de se coucher sur mes genoux, comme si elle savait ce que j'écrivais, comme si elle comprenait mes larmes qui se sont finalement mises à tomber, comme pour me consoler. J'ai le coeur en miettes qu'on essaye de m'arracher ce bonheur à quatre pattes...

6 ans et demi ♥

 

Kanai est guérie. Depuis ce weekend, on la retrouve complètement au niveau de son caractère, de son comportement. Elle se nourrit et boit correctement, sa peau a rosi de nouveau, elle reprend du poids. Bref, tout va bien. Après une semaine d'angoisse, on souffle enfin et on peut profiter de notre bébé chat comme avant.

 

Août

 

La vie se mène. Je crois que je garde cet endroit par habitude, parce que ça fait presque 5 ans (?) que je viens écrire ici. Mais je ne suis pas sûre que ça dure encore très longtemps. Jne l'effacerai sans doute pas, jamais. Ou dans des années. J'ai besoin parfois de relire ce que j'ai écrit.

Le 20 approche. Je n'y pense plus énormément. Sauf en août. Sauf quand je vois tant de ventres ronds, de bébés. C'est pas toujours très évident. Et ce qui est finalement le moins évident, c'est d'être seule à y penser. Je ne peux attendre de personne qu'ils y pensent d'ailleurs. C'était ma vie, mon épreuve. C'est moi que ça a marqué, dans le coeur et dans la chair. Et tu vois, même si tu t'es battu il y a deux ans pour me faire comprendre que tu le vivais aussi, que ça t'a fait du mal aussi, même si tu es parti pour ça, je sais que tu n'y penseras pas. Et je ne peux pas te dire le bien que ça me ferait pourtant... Que tu le mentionnes, que tu me regardes simplement avec un sourire un peu cassé samedi prochain. Je crois que tu n'aurais rien besoin de dire. Je crois que je le comprendrais, si tu y pensais. Parce que soudain, le poids ne pèserait plus que sur mes seules épaules.

 

Septembre

 

Presque un mois sans mise à jour. Je ne sais pas quoi dire. Je me renferme sur moi, je n'arrive même plus à vraiment venir écrire ici. Quoi dire, de quelle manière, pourquoi ? Je n'avance pas, j'aurai bientôt 25 ans et je ne suis nulle part. Je voudrais tout reprendre de zéro, savoir où aller, quoi faire de ma vie. Cercle vicieux dégueulasse. Déprime (dépression ?) et plus envie de rien, plus envie de bouger, plus la force. Plus l'énergie de me donner les moyens des choses. J'aimerais être quelqu'un d'autre, partir, exister ailleurs, autrement, ou plus du tout. Mais ça nécessiterait du courage. Et je n'ai plus ça non plus.

 

Je travaille depuis vendredi. J'ai envoyé un CV en réponse à une annonce, un peu comme ça, sans y croire. On m'a rappelée vite et fait commencer aussi vite. Responsable de caisse. C'est beaucoup de choses à retenir, à savoir, à faire. C'est difficile physiquement, mais pas insurmontable. Pour l'instant ? C'est un CDI. J'ai envie que ça marche. J'en ai tellement besoin.

 

Octobre

 

J'ai fait un très beau rêve cette nuit. Je donnais naissance à notre fils. Il s'appelait comme je l'ai toujours voulu. Toute la famille était là, ensuite. Et mon grand-père... Comme s'il avait pu revenir pour ce moment-là. Les voir ensemble me faisait pleurer. Comme si, même dans ce rêve, je savais que ça n'arriverait jamais. En me réveillant, j'avais encore un sentiment très apaisé. Mais j'y repense et ça me fait pleurer pour de vrai. Je ne sais pas pourquoi. Parce que mon grand-père me manque ? Parce qu'il ne connaîtra jamais mes enfants ? Parce que ce bébé dont j'ai rêvé n'existe pas (encore) ?

Je vais rompre ma période d'essai. Ca se passe très mal. Je n'ai même pas envie de m’épancher sur ce sujet et les détails. Mais je peux pas continuer.

Ma mère était sur un vrai nuage depuis deux mois. Elle avait retrouvé quelqu'un, avec qui tout était allé très vite et avec qui elle était incroyablement bien. Mais ça, c'était avant samedi soir, avant qu'il l'a tabasse littéralement... Je suis hors de moi et en même temps si profondément triste. Ca me révolte, mais je n'ai même plus de mots. J'ai mal pour elle, tellement mal. La vie ne la laissera donc jamais tranquille... Je sors d'un épisode nerveux un peu pathétique, incapable de m'arrêter de pleurer pendant presque 30 minutes. Je me mets à sa place et ça me défonce l'intérieur. Toute cette histoire est juste insupportable. Vendredi soir, je monte la voir, passer le weekend avec elle. J'ai juste hâte d'être près d'elle.

 

Mon séjour chez ma mère s'est très bien passé. Ca m'a fait un bien fou, et je sais qu'à elle aussi. Elle va mieux, ça m'a fait beaucoup de bien d'être là pour elle et de me savoir utile.

 

Décembre

 

Un mois et demi que je n'étais pas venue par ici. Le temps passe très vite. Je travaille chez King Jouet depuis le 14/11. Je termine samedi. Tout va très bien. Je suis bien fatiguée, c'est très intense au magasin. Mais c'est une super expérience, l'équipe est géniale. Avant-hier, nous avons fêté notre premier anniversaire de pacs. C'est fou, déjà un an ! J'ai l'impression que c'était hier, ce jour parfait, puis notre fête. Un an... Et demain, j'aurai vingt-cinq ans.